J’écris ce printemps 2026 un nouveau film pour le dispositif d’interprétation du patrimoine jaguen Village-rivages. Il s’agit d’évoquer cette fois l’imaginaire et les légendes nourris par l’estran extraordinaire de Saint Jacut-de-la-Mer. C’est la matière collectée alentour en son temps par l’écrivain folkloriste Paul Sébillot qui accompagnera notre exploration des grèves de la presqu’île. Nous rappellerons ainsi qu’il était autrefois commun – et qu’il est sans doute encore possible aujourd’hui – d’apercevoir fées, géant ou dame blanche dans cet entremonde ouvert par la marée.
Pour Village-rivages, La Maison du pêcheur : 10 Rue des Sciaux, 22750 St Jacut-de-la-Mer
Conception, recherche documentaire, écriture et réalisation : Charlotte Avignon
Image et prises de vue drône : Laetitia Gredai
Voix-off : Fabienne Rocaboy
La demande :
L’association Village-rivages anime le dispositif d’interprétation du patrimoine culturel maritime de la presqu’île de Saint Jacut-de-la-Mer (Côtes d’Armor). Ce dispositif intègre un espace aménagé de façon permanente au cœur du village, dans une maison typique de l’habitat traditionnel à l’époque de la pêche vivrière : la Maison du pêcheur. L’une des deux pièces de ce petit centre d’interprétation offre un salon de visionnage, équipé d’un écran 75 pouces et mis au noir. Des films courts, réalisés spécifiquement pour le dispositif d’interprétation, y sont présentés en accès libre. L’Heure du bain, réalisé en 2023, expose ainsi comment le village de pêcheurs s’est transformé en suivant l’essor du tourisme balnéaire entre les deux guerres. En 2026, l’association Village-rivages a souhaité enrichir son offre audiovisuelle et proposer aux visiteurs ce faisant un point de vue complémentaire sur les héritages culturels maritimes locaux. Le conte et la légende ont semblé un vecteur pertinent pour dévoiler un pan de la culture peu exploré jusqu’alors bien qu’intimement lié au patrimoine local.
La proposition :
Dans notre démarche d’interprétation du patrimoine, les contes collectés par Paul Sébillot auprès des habitants à la fin du 19e siècle, permettent idéalement d’explorer les espaces naturels et les paysages singuliers de la presqu’île de Saint Jacut. Estran immense, « houles » : les récits prennent toujours corps dans un site précis, se nourrissent de son décor et de sa singularité. À travers les légendes, il est aussi question d’imaginaire collectif et de lexique local, c’est à dire d’une façon bien à soi de voir et de nommer son monde. Les histoires que nous exploiterons ont enfin l’avantage de mettre en scène une expérience singulière, propre à la population dont nous décrivons les usages à travers Village-rivages. Cette expérience est celle que faisaient couramment les femmes de la presqu’île, les chevlinouères notamment (pêcheuses de chevlin), en arpentant l’estran la nuit.
Le film cherchera à rapprocher les spectateurs de cette expérience, qu’elle soit pour lui inédite ou familière : la fréquentation d’un milieu au plus près de ses éléments naturels et de son pouvoir d’évocation. Sans technologie immersive, mais en créant les conditions d’une écoute attentive, tendue par les ressorts narratifs et le mode d’énonciation du conte. Par le son, les ambiances captées sur le vif, et l’image, mêlant vues aériennes, films et photos d’archives mais aussi plans rapprochés, in situ, faussant parfois volontairement l’échelle (faune, flore, roches, empreintes, etc.), nous essaierons d’offrir aux spectateurs une perception très sensitive qui pourra l’éloigner de ses repères ordinaires.
Nous nous tiendrons entre absence et présence, dans le sillage ce qui se cache, ce qui est peut-être là, tapi, ou tout juste évanoui. Nous inviterons à imaginer le hors champ, à se faire (un peu) peur, à guetter le surgissement, en filmant des empreintes animales ou humaines, des traces laissées sur le sable par l’eau ou le vent, des paréidolies. Un travail de captation d’abord, puis de design sonore en post-production, restituera l’ambiance possiblement inquiétante ou mystérieuse de l’estran la nuit, ses bruits naturels amplifiés par l’absence d’activité humaine. La voix de la narratrice pourra varier en intensité, occuper le premier plan ou se trouver mêlée à des sons parasites, à d’autres voix en arrière plan donnant du relief à la scène racontée.
Toujours au stade de la post-production, des effets visuels (motion design) seront créés pour suggérer la présence onirique et fantomatique des fées et des protagonistes rencontrés. Pourront être superposées aussi, en incrustation, des créatures ou des scènes extraites de tableaux et d’illustrations.
Livraison : fin 2026


